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Justice et solidarité

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" Dignité cimetière "


Il y a quelques années,  un camarade de la rue était choqué en allant reconnaître B., un ami décédé à la rue, dont le corps repose à la chambre funéraire de la ville, près du cimetière de l’Est, à Rennes. France. Pas de toilette mortuaire. On l’a laissé avec ses vêtements sales. Il est seul, mort d’usure d’avoir jalonné les rues rennaises, portant misère, discrétion, souffrance, isolement.

Cette rencontre avec le mort, avec la mort a provoqué troubles, indignation et généré, en 1998, un collectif afin que chaque défunt, sans titre, ni marque d’affection, souvent sans lien familial, trouve ou retrouve une dignité au cimetière, d’où le nom de " Dignité cimetière ". Avec l’aide de la CLCV (Consommation, Logement et Cadre de Vie), des contacts sont engagés avec les paroisses, les pompes funèbres et la ville de Rennes pour la prise considération des gens de la rue. Les premiers résultats sont modestes mais encourageants.

Puis une enquête complémentaire est menée près des Centres d’Hébergements, de la Sécurité sociale, la DDASS (Direction Départementales des Affaires Sanitaires et Sociales) etc… Dans les réponses des gens de la rue, émergent surtout le respect des morts et des vivants, la dignité de toute personne, le refus d’être identifié à un numéro : " J’ai horreur, dit J., de voir cette petite tombe de terre qui s’affale avec la pluie ; c’est comme si tu n’avais jamais existé ". Des accords sont signés pour le respect et la dignité.

Désormais une dalle est réalisée, une tombe par personne avec une croix en bois et des fleurs, ce brin de courtoisie sinon d’élégance, un "au revoir" vivant et rassembleur, qui apaisera l’esprit des vivants. La croix en bois porte le prénom et le nom, les dates de naissance et de décès du disparu. Rassembleur, car la prise en charge des obsèques revient aux communes qui le souhaitent ; une charte territoriale est édifiée, signée depuis 2018, par une trentaine de communes.

Sur la sépulture, une coupelle, objet qui unit, symbole du lien reléguant aux oubliettes ‘le carré’ des indigents, cet ‘espace’ réservé à ceux qui sont sans nom, sans famille, coupelle remplaçant le rien de l’existence de ces gens qui n’avaient rien. Exit ‘le carré’ des pauvres pour que leurs tombes côtoient les tombes des gens ordinaires, identifiés, riches de leurs familles.

Le collectif rennais œuvre depuis bientôt un quart de siècle. Il est composé de personnes sans abri ou anciennement dans la rue mais toujours en grande précarité. Ces personnes du collectif, dénommé " 6 rue de l’Hôtel-Dieu " sont épaulées par une équipe comprenant, Jean-Claude et Pierre, longtemps prêtres-ouvriers, Eliane, Fille du St Esprit et d’autres bénévoles touchés par la situation des défunts de la rue et voulant accompagner et soutenir les actions.

Le " 6 rue de l’Hôtel-Dieu " est un espace de rencontre, d’échanges et d’initiatives mis à disposition du collectif par le diocèse. Là, collectif, équipe, autorités policières, municipales ou funéraires se réunissent pour entamer les démarches nécessaires à la reconnaissance des hommes et des femmes, tombés, assoupis pour la vie. Il faut parfois un an d’attente pour établir une identité, trouver des proches qui accepteront ou pas d’honorer leur mort….

Toutes les semaines des fleurs sont déposées devant les tombes, fleurs cueillies dans un des jardins de la ville entretenu par ce petit monde de la " dignité cimetière ". Symbole entre tous, Place de la mairie de Rennes : une composition de la fleur de la dignité, fleur faite d’ornements naturels (fleur, feuille, marron). Fleur éphémère, comme un mandala* pour l’esprit des défunts, comme une résonnance qui rappelle que tout individu a droit à la vie mais aussi à la mort dans le plus grand respect.

Trente-deux personnes, principalement hommes et femmes dont l’âge varie entre 40 et 60 ans, ont été inhumées en 2019 et 2020.

Dans les Départements de l’ouest de la France, région Bretagne, -Ille-et-Vilaine, Morbihan, Côtes-d’Armor et bientôt Finistère- une trentaine de chartes ont été signées avec les communes pour recenser les morts dans la rue ou dans la grande pauvreté, sans lien ou sans attache autres que leur quartier ou leurs camarades d’errance.

C’est juste avant la fête de la Toussaint qu’un hommage est rendu à ces personnes afin que tous puissent enrichir de leur présence ce geste de communion et de solidarité humaine.

Eliane Nicol et la communauté de Rennes - aidées pour la rédaction par un autre bénévole !
Publié le 12 novembre 2021

* Mandala : dessin circulaire organisé autour d’un centre qui s’ouvre sur l’infini, pratiqué dans toutes les civilisations car, à l’Est comme à l’Ouest, le cercle est symbole de la vie.

 



Filles du Saint-Esprit 15 bd. Sebastopol 35101 Rennes Cedex 2 France

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