Expérience de service, de rencontre, d’héritage vivant

Partir en France pour deux mois afin de rendre service à la Maison d’accueil de l’Île Blanche était pour moi une belle occasion de me mettre au service de nos Sœurs et de vivre une expérience fraternelle au sein de notre Congrégation. Ce séjour devait également avoir une dimension particulière : je devais participer, avec d’autres Sœurs venues d’Afrique, à un temps de retour aux sources, pour redécouvrir ensemble les lieux qui ont vu naître et grandir notre Famille religieuse. Malheureusement, les Sœurs d’Afrique qui devaient participer à ce temps n’ont pas pu venir : une véritable déception pour nous toutes !

Pourtant, au cœur de cette déception, le Seigneur m’a réservé une belle surprise. Plusieurs de nos Sœurs se sont rendues disponibles pour m’accueillir, m’accompagner et me faire découvrir certains de nos lieux sources. Grâce à leur disponibilité et à leur fraternité, ce qui devait être une expérience vécue en groupe est devenu pour moi un temps personnel de rencontre, de découverte et de retour aux racines de notre Congrégation. Je suis repartie comblée et heureuse, avec le sentiment d’avoir reçu bien plus que je ne l’avais imaginé.

Durant ces deux mois à l’Île Blanche, j’ai eu la joie de travailler avec les employés de la Maison d’accueil. Cette collaboration m’a permis de découvrir une autre dimension du service. J’ai apprécié le travail réalisé ensemble, les échanges quotidiens et la complémentarité entre les différentes personnes engagées dans la vie de la Maison. Cette expérience m’a rappelé que la mission se construit aussi avec d’autres et que chaque personne, par son travail et ses compétences, contribue à faire vivre un lieu d’accueil.
Une autre richesse de ce séjour a été la rencontre avec nos Sœurs aînées. J’ai été profondément touchée de les voir, malgré leur âge et leurs fragilités, continuer à se donner avec générosité. Certaines restent disponibles pour la mission, chacune selon ses possibilités. Leur témoignage m’a beaucoup interpellée. Elles m’ont montré que la consécration religieuse est un don de toute une vie : lorsque les forces diminuent, le don ne s’arrête pas ; il peut prendre d’autres formes, notamment par la prière, l’accueil, la présence, l’offrande et la fidélité.
J’ai également eu l’occasion de visiter la Maison Mère ainsi que l’EHPAD (Établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantesoù vivent certaines de nos Sœurs. Ces visites ont été pour moi des moments de rencontre avec notre histoire présente. J’ai découvert des Sœurs qui portent dans leur mémoire une partie de l’histoire de notre Congrégation. Dans certaines communautés, je me suis sentie immédiatement chez moi. L’accueil, la simplicité des relations et la joie fraternelle m’ont fait expérimenter concrètement que, même venant d’un autre continent, nous appartenons à une même Famille.

Parmi les moments les plus forts de mon séjour, je retiens particulièrement la découverte de la communauté où Marie Balavenne a vécu et est décédée.  Me retrouver dans les lieux où notre fondatrice a vécu son quotidien, donné sa vie et répondu à l’appel de Dieu a suscité en moi une profonde émotion. Entré dans l’église ou elle a été entrerée  a été un moment particulièrement marquant. J’ai ressenti une grande gratitude pour cette femme dont le « oui » continue de porter du fruit aujourd’hui, bien au-delà de son époque et de son pays.
La découverte des lieux où nos fondatrices ont vécu et œuvré m’a permis de mieux comprendre que notre charisme n’est pas une simple théorie que nous étudions dans nos maisons de formation. Il est né d’une histoire concrète, de personnes concrètes, de choix courageux, de confiance en Dieu et d’un engagement quotidien au service des autres.
Les échanges avec certaines Sœurs ont également été très significatifs. J’ai été touchée de constater combien les sœurs regardent avec espérance vers les Filles du Saint-Esprit d’Afrique. Elles savent que l’avenir de la Congrégation se joue aussi en Afrique et elles comptent sur nous pour continuer à porter le flambeau reçu de nos fondatrices. Cette confiance m’a profondément rejointe. Elle est à la fois une joie et une responsabilité.

Je suis repartie de cette expérience avec un cœur reconnaissant. Je suis partie pour deux mois afin de rendre un service à l’Île Blanche ; je repars avec le sentiment d’avoir moi-même été accueillie, servie et enrichie par les rencontres. Le projet initial n’a pas pu se réaliser comme nous l’avions prévu, mais cette déception a ouvert la porte à une autre expérience, plus personnelle et tout aussi précieuse.

Ce que je retiens pour ma mission.
Cette expérience m’invite à transmettre une mémoire vivante, un héritage et un feu.
En tant que formatrice dans une maison de formation, cette expérience m’invite à transmettre aux jeunes postulantes et aux Sœurs en formation bien plus que des connaissances sur l’histoire de la Congrégation. Je voudrais désormais les aider à comprendre que nous sommes dépositaires d’une histoire que nous n’avons pas commencée, mais que nous sommes appelées à poursuivre. Nos Sœurs aînées nous ont transmis un flambeau ; à nous maintenant de le garder vivant et de le transmettre à celles qui viendront après nous. Comme Fille du Saint-Esprit Africaine, je me sens particulièrement interpellée par cette confiance qui nous est faite. Elle nous appelle à connaître davantage nos sources, à aimer notre charisme, à l’enraciner dans nos réalités africaines et à le transmettre avec fidélité, créativité et audace.
Je garde surtout de ce séjour une conviction : lorsque nos projets ne se réalisent pas comme nous l’avions prévu, Dieu peut ouvrir devant nous un autre chemin. La déception de ne pas avoir vécu ce retour aux sources avec les autres Sœurs d’Afrique a finalement été transformée en une expérience personnelle de grâce.
Je suis partie pour servir. Je repars comblée et heureuse, avec des visages, des lieux, des souvenirs et surtout une responsabilité nouvelle : continuer à faire vivre le charisme reçu de nos fondatrices et aider les jeunes générations à découvrir, à leur tour, la beauté de cette vocation.
Que le Seigneur nous donne de garder toujours vivant le feu reçu, afin de le transmettre avec fidélité aux générations futures et de porter ensemble, en Afrique et ailleurs, l’espérance de notre Congrégation.

Clémentine TAPSOBA, FSE. BURKINA-FASO.  Publié le 15 septembre 2026

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