Alors que le monde chrétien se prépare à la fête de Pentecôte, célébrant la venue du Saint-Esprit la maison de formation des Filles du Saint-Esprit à Ogbomosho, NIGERIA, réfléchissait profondément à la signification de la compassion, de la vérité… Cet échange est alors devenu espace de rencontre spirituelle qui touchait nos cœurs et remettait en question notre compréhension de la souffrance, de la grâce et de la solidarité.
Le voyage a commencé dans l’après-midi lorsque les postulantes et les deux sœurs sont parties de la maison de formation transportant des cadeaux pour les résidents de la colonie -tel savon liquide, fournitures de base aux besoins quotidiens… -. En chemin, l’atmosphère était animée et réfléchie : certaines des sœurs discutaient de ce qu’elles s’attendaient à voir, tandis que d’autres se préparaient en silence avec émotion pour la rencontre. Il y avait aussi des moments de rires qui révélaient la simple humanité du groupe.
En arrivant à la Colonie nous avons été chaleureusement accueillis par les résidents. En regardant autour de nous, nous avons remarqué les réalités physiques de ceux qui y vivent : certains résidents avaient du mal à marcher à cause de leurs pieds abîmés, d’autres portaient des protections sur la tête et les pieds en raison des effets de la maladie. Pourtant, malgré la souffrance visible, l’atmosphère n’était pas celle du désespoir : il y avait de la vie, de l’organisation, de la foi. Pendant que nous attendions de rencontrer officiellement les résidents, nous avons apporté dans la salle les petits cadeaux à partager avec eux. Peu de temps après, nous avons été invitées à retourner dans la même salle où la dimension spirituelle de la visite est devenue profonde.
L’une des sœurs, Sr. Grace, a chaleureusement salué la communauté en yoruba, la langue locale et le peuple a répondu avec joie. Un chef de la Colonie a interprété le message pour qu’il atteigne tout le monde clairement.
La réflexion partagée avec les résidents était centrée sur l’Esprit-Saint, l’Esprit de Vérité, le Consolateur, le Conseiller, guérisseur et source du renouveau. Les sœurs ont encouragé les résidents à rester fidèles à Dieu et à continuer à vivre sincèrement et courageusement dans l’attente de l’effusion du Saint-Esprit.
A ce moment de visite s’est instauré un temps de dialogue : des questions ont été échangées, des histoires, partagées et la compréhension mutuelle a grandi. Nous avons appris que la Colonie existait depuis 1930 environ et que les découvertes médicales au fil des années avaient considérablement réduit la propagation de la lèpre. L’agriculture reste la principale occupation de nombreux résidents, bien qu’ils continuent de faire face à des défis pratiques : en raison des lésions nerveuses causées par la maladie, beaucoup ne peuvent pas aller près du feu ou manipuler des objets chauds. Pourtant, au-delà de ces difficultés, nous avons rencontré en eux une résilience inattendue tel des personnes qui avaient enduré le rejet, la douleur et les limitations physiques et qui ont continué à vivre avec dignité et foi.
Alors que la visite touchait à sa fin, nous avons partagé les cadeaux, offert des prières aux résidents et pris des photos ensemble.
La visite a brisé en nous les stéréotypes et remplacé la peur par l’empathie. Ce qui semblait autrefois lointain est soudain devenu profondément personnel.
Pour nous, l’expérience n’était pas simplement un acte de charité, mais une leçon d’humilité et de gratitude. Debout devant des hommes et des femmes marqués par la souffrance, nous avons reconnu une vérité partagée par toute l’humanité : chaque vie est fragile, et chaque bénédiction est grâce. Notre visite nous rappelle que la compassion ne consiste pas seulement à apporter une aide matérielle. Il s’agit de voir les autres pleinement au-delà de la maladie, au-delà de l’apparence, au-delà des étiquettes sociales et de reconnaître une humanité partagée.
À une époque où de nombreuses sociétés isolent encore les plus vulnérables, la simple présence de ces derniers parmi les habitants de la Colonie est devenue un témoignage d’espoir. Notre rencontre a fait écho au message durable de la Pentecôte : que l’Esprit-Saint continue d’unir les gens à travers la peur, la différence et la souffrance, appelant l’humanité vers la vérité, la miséricorde et l’amour.
Par quatre postulantes de 2e année, cinq postulantes de 1re année et deux sœurs.
Maison de formation des Filles du Saint-Esprit. Ogbomosho – Nigéria.
Publié le 23 mai, veille de Pentecôte 2026.

